Une lutte inlassable pour les terres Ch’orti’

Traduction de l’espagnol de l’interview d’Elodia Castillo Vásquez

Publié le 8 février 2017 par ACOGUATE

Elodia Castillo Vásquez est maire indigène depuis qu’elle a 22 ans, actuellement présidente de la « Coordination d’associations et communautés pour le développement intégral du peuple Ch’orti’ » – COMUNDICH. Cette organisation s’articule autour de 48 communautés indigènes des départements de Zacapa et Chiquimula et a comme objectif le renforcement de l’identité culturelle du peuple maya Ch’orti’ et la restitution des terres ancestrales. En plus de cela, Elodia Castillo Vásquez s’engage pour la promotion et l’égalité de genre ainsi que pour une jeunesse active au sein d’une société ouverte.

Comment vous définissez-vous et vous décrivez-vous?

Je suis une femme, je m’estime, j’ai de l’estime pour ma lutte et ce que je fais. Si je le fais c’est parce que j’aime collaborer quand je le peux. J’appartiens à la lutte et en tant que femme j’ai la responsabilité de défendre mes droits, renforcer mes capacités et d’apprendre de la lutte que menèrent mes ancêtres et parents.

Vous définiriez-vous également comme défenseure des droits humains ?

Oui, selon moi oui. Bon, le peu que je peux dire en tant que défenseure des droits humains, dans mon cas en tant que femme indigène, c’est que j’agis quand il est nécessaire de le faire : dans ma communauté, j’ai cherché à apporter mon soutien, déjà depuis toute petite fille, dans des contextes où la discrimination à l’égard des femmes est très grande. Il y plusieurs années, j’ai soutenu le cas de ma sœur : son mari la frappait et lui disait qu’il allait la tuer. Il cherchait la dispute parce qu’il aimait se disputer, en plus de cela, il ne travaillait pas. Je l’ai soutenue afin qu’elle puisse déposer plainte, le jour suivant, la police est arrivée.

C’est aussi pour tout ce que nous avons fait dans le cadre de la lutte pour les terres, défendre le droit des communautés, des femmes et les droits collectifs que je me sens défenseure des droits humains.

Pouvez-vous décrire votre quotidien et vos responsabilités

En plus de mes activités de meneuse, je suis la représentante légale de COMUNDICH. Je n’ai pas seulement des tâches administratives, je dois également être attentive aux communautés et coordonner tous les processus en cours avec celles-ci.

Eh bien, voilà ce que je fais, je communique avec les dirigeants, principalement des hommes mais aussi quelques femmes.

Mise à part cela, je suis la maire indigène de ma communauté, d’ailleurs nous avons eu un entretien avec les peuples indigènes, ceci implique qu’il faille communiquer et coordonner depuis le niveau local jusqu’au niveau régional et national.

Quel est votre parcours jusqu’à présent ?

J’ai eu un long parcours et une partie est très importante: j’ai été nommée déjà toute petite dans un conseil de direction de ma communauté ainsi que dans le comité scolaire. Depuis ce jour, la communauté m’a prise en compte et ce, jusqu’au jour où il a fallu lutter pour les montagnes et pour la terre.

Mon implication et ma participation sont nées pendant la période du paiement des taxes, lorsque ceux qui ne pouvaient pas les payer perdaient leurs terres. On m’a alors dit qu’il y avait un conseil de jeunes, j’ai été à la première réunion et ensuite à une autre et j’ai continué. C’est là que la communauté m’a désignée. En tant que femmes nous avons le droit de lutter mais nous avons également l’opportunité de faire savoir ce que c’est, ce que nous ressentons et ce nous vivons au sein de notre entourage. Pour moi c’est une satisfaction que de pouvoir m’investir.

Quels sont les obstacles auxquels vous avez dû faire face le long de votre parcours ?

La perte de certains de nos camarades nous a énormément affectés car depuis que nous avions commencé avec l’organisation et depuis que nous avions initié les processus dans les communautés, nous vivions comme des frères. Pour moi ça a été très dur, mais en tant que femme, je sens cette force, celle qui me permet d’aller de l’avant, celle qui me permet de mener à bien ces projets et jusqu’à aujourd’hui je continue de lutter.

A un moment, j’ai souhaité faire des études, je l’ai dit à mon père mais il m’a répondu que non. On va dire que ceci est du machisme auquel nous sommes confrontées depuis très longtemps déjà.

Lorsque j’ai commencé à participer au sein de l’organisation, j’ai eu la possibilité de poursuivre mes études, j’écoutais la radio pour pouvoir réussir mon secondaire et les dimanches, j’allais à Jocotán rendre mon travail et faire mes devoirs. C’est comme ça que j’ai pu le faire. Un an plus tard, je me suis dit que j’allais continuer d’étudier et j’ai réussi à passer mon baccalauréat. Mon parcours en tant que femme n’a pas été empli que de joie, mais aussi de beaucoup de tristesse.

Que pense votre famille de vos activités ?

Lorsque dans ma communauté il a été annoncé qu’une femme indigène serait élue, ils ont décidé de me nommer moi et m’ont dit : « Écoute, nous aimerions qu’une femme indigène nous représente dans la communauté ». A ce moment, ma famille m’a dit : « Écoute, c’est un chemin sérieux, c’est un long parcours mais si tu souhaites le faire, nous allons t’aider ». Ma mère a ajouté : « c’est pour cela que tu es venue au monde, pour servir et non pas pour être servie. »

De quelle manière votre travail de défense des droits humains et votre travail de meneuse a eu un impact sur votre vie personnelle ?

Le travail (elle rigole) ne m’affecte pas parce que c’est une opportunité, je ne le conçois pas comme du travail, plutôt comme une lutte. Ma lutte, c’est quelque chose qu’il faut que je fasse.

Quelles sont les difficultés liées au fait d’être une femme dans ce domaine d’activité ?

La même discrimination qu’on retrouve au sein de la communauté, car souvent elle est déjà ici, on la retrouve également au sein d’un gouvernement étatique qui ne prend pas en compte les droits de la femme. A un moment on m’a dit : « toi, pourquoi es-tu ici, c’est un travail d’homme ». Lorsque j’ai été nommée maire indigène, il y a beaucoup de gens qui ne reconnaissaient pas mon autorité et quatre ou cinq personnes m’ont dit que moi, je ne pouvais pas être maire indigène, car j’étais une femme. Suite à cela, nous avons organisé une réunion pour aborder ce sujet et un camarade a demandé : « Pourquoi ne peut-elle pas être maire indigène ? Parce que c’est une femme ? Mais dans quel article de loi est-il écrit qu’une femme ne peut pas participer à la vie politique ? » Bien au contraire, rapporte un camarade de la communauté : « peut être bien qu’une femme sera plus apte que nous, les hommes ». Depuis cela, je continue de me battre pour que les camarades reconnaissent qu’en tant femme, j’ai le droit de participer, d’apporter mon soutien et de prendre des décisions.

Maintenant ils me prennent au sérieux, ils me voient impliquée dans toutes les organisations communautaires, la discrimination a baissé et les femmes ont commencé à plus s’impliquer.

Avez-vous dû faire face à des diffamations ? En particulier en lien avec votre genre ?

Ah oui, beaucoup de diffamations. Il s’agit de discrimination. Pour ma part, lorsque j’ai commencé, ça a été très dur. Quand une femme quitte sa communauté, les gens commencent à parler et disent qu’elle se prostitue et que cette femme n’est plus ce qu’elle était. Moi je n’y ai jamais prêté beaucoup d’attention, mais à un moment ou à un autre, on commence à donner plus de poids à ce que disent les autres. Dans cet exemple, la diffamation a trait avec le fait d’être une femme. Par exemple, on entend  « Ay, pourquoi cette femme parle-t-elle ? ». A moi, il m’est arrivé la même chose, ils ont dit : « cette femme n’est pas dans la lutte », que je me mettais dans d’autres affaires. Il y a eu un moment où c’est devenu difficile avec toutes ces diffamations mais j’ai réussi à sortir et à continuer. Ceci ne m’a pas éloignée de la lutte, au contraire, au moins cela signifiait que les gens se rappelaient que j’existais et qu’à un moment ou un autre, ils se rendraient compte de ce que j’apportais.

Des menaces contre votre sécurité physique ?

Je crois que cette lutte m’a enseigné beaucoup de choses tout au long du chemin, notamment de comment une personne doit se comporter dans une réalité ou dans un contexte dans lequel il y a à faire et dans lequel il faut parler pour ceux qui ne le peuvent pas ou n’osent pas. Et bien pour moi, ce chemin a été très difficile.

Pensez-vous que votre genre influence votre crédibilité ?

J’ai pu voir quelques accomplissements, le fait d’être une femme a eu beaucoup d’impact dans les divers processus qui ont été menés. Il y a eu un impact dans la communauté, par exemple, un jour, quelqu’un de la communauté a dit : « jamais je n’aurais pensé que nous serions menés par une femme et qu’une femme nous dirigerait. » Je lui ai répondu : « je ne dirige pas, nous prenons des décisions ensemble de manière collective. » Eh bien, pour moi, ceci c’est apporté quelque chose à la lutte. Ça a également permis d’influencer d’autres femmes, parce que quand elles voient que celle-ci fait cela, elles vont se dire que si elle, elle peut, moi aussi, je peux. Ainsi, je vois des effets positifs.

Vous sentez-vous seule dans cette lutte ? Seule en tant que femme ?

Je ne me sens pas seule, jamais je ne me suis sentie seule, hommes et femmes, nous nous battons ensemble. Nous sommes une famille. Cependant, il est vrai qu’au début, en tant que femme, je me sentais seule.

Quelles sont vos aspirations pour le futur ?

Mon aspiration c’est de continuer à me battre et continuer à me former pour pouvoir apporter plus.

                                    Traduction: Leila Haccius (PWS)

Légende Image à la Une: terres Ch’orti’, département de Zacapa (Elio Hermsdorf, PWS, 2015)

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