Le prix de l’argent

En observant ma montre ce matin, je me demande : “Quelle est l’histoire de cette montre et des matériaux qui la constituent ?” L’argent, ce matériau brillant et raffiné au premier abord, n’est peut-être pas si classe qu’il en a l’air. Je repense à mon expérience en tant qu’observatrice des droits humains ici au Guatemala. Entre indignation et frustration mon cœur balance. Et cela me décide à vous raconter l’histoire de la mine d’argent El Escobal, méga-projet canadien implanté sur le territoire de la commune de San Rafael Las Flores et représentant la troisième plus grande exploitation d’argent au monde. Après plusieurs années de combat pacifique, la résistance au projet minier retient son souffle. D’ici quelques jours, la Cour Constitutionnelle devrait rendre sa décision par rapport à la reprise des activités de la mine. La tension se fait sentir dans la capitale où la résistance organisée en occupation permanente depuis plusieurs mois a été rejointe la semaine dernière par une occupation permanente d’employés de la mine. Retour sur les événements clés afin de comprendre les enjeux de cette décision pour la population autochtone. Continue reading

Una comunità indigena criminalizzata

Corozal Arriba: dalla gioia alla tragedia

La storia del popolo Maya Ch’orti percorre i secoli e ancora le sue radici nelle civiltà che precedettero l’invasione spagnola. La sua distribuzione geografica attraversa le frontiere che dividono gli Stati di Guatemala, Honduras e El Salvador. Per quanto riguarda la storia recente, il popolo Maya Ch’orti condivide con gli altri gruppi etnici originari del Guatemala diverse lotte politiche e sociali: la rivendicazione di riconoscimento in quanto popoli indigeni, il processo di memoria storica e giustizia transizionale per il genocidio subito durante la presidenza di Rios Montt (1982/83), la resistenza ai mega-progetti in campo idroelettrico ed estrattivo e la lotta per l’accesso alla terra in quanto proprietà collettiva dei popoli ancestrali per diritto di occupazione storica. Continue reading

Bonnes nouvelles du Guayabo!

Magnifique nouvelle pour les habitant-e-s des communautés d’El Guayabo et de Bella Unión! Après plus de six mois, trois de leurs leaders, Eric, Jhon Fredy et Santos Peña ont pu rentrer à la maison et retrouver les leurs.

Depuis le mois d’avril, ces trois leaders se cachaient et n’osaient pas revenir chez eux en raison d’ordres de détention déposés par Rodrigo Lopez Henao auprès du ministère public. Cette démarche fait partie d’une stratégie de criminalisation des leaders communautaires et des défenseurs des droits de l’homme en les présentant comme des fauteurs de troubles violents. Après des mois de négociation entre leurs avocats et la procureure, mais aussi grâce à la pression constante d’organisations sociales telles que PAS et du bureau des Nations Unies pour les droits de l’Homme, le cauchemar a enfin pris fin pour ces leaders et leur famille.

A leur arrivée à El Guayabo, ils ont été accueillis par une foule enthousiaste. C’est aussi un immense soulagement pour leur femme et leurs enfants qui ont vécu de longs mois d’angoisse où ils ont dû en sus prendre en charge les travaux des champs. Peu après la publication de la nouvelle, les familles se sont longuement prises dans les bras, sous le coup de l’émotion. Une belle victoire pour El Guayabo et Bella Unión, pour le processus en cours contre le déplacement forcé de la communauté de ses terres et pour nous également, organisations de défense des droits humains.

Mais malgré cette immense joie, nous ne devons pas oublier que le quatrième leader, Alvaro García, reste emprisonné. Une audience prévue le 4 novembre a été à nouveau repoussée. Il restera donc visiblement détenu sans jugement jusqu’au début de l’année prochaine. Sa famille devra bien tristement passer les jours de Noël sans lui…

Quand la Justice décide de rompre avec l’impunité: une sentence historique en faveur de 7 autorités indigènes au Guatemala

« Il est préoccupant pour les juges que des accusations pénales puissent être formalisées sur la base de faits qui ne sont pas avérés. Nous sommes en 2016, il s’agit d’une nouvelle ère, nous ne sommes pas sous l’Inquisition ». Yassmín Barrios, lors de la lecture du jugement, le 22 juillet 2016.

La situation dans le nord du Département de Huehuetenango: agressions physiques et persécution légale

Le vendredi 22 juillet 2016 à 21h54, heure du Guatemala, une sentence d’une grande importance a été prononcée par la juge Yassmín Barrios Aguilar, celle-là même qui avait secoué l’opinion en condamnant l’ex-dictateur Efraín Ríos Montt pour génocide en mai 2013. En un peu plus de trois ans, la magistrate cumule ainsi deux jugements historiques: le premier, concernant les crimes commis durant la dictature et le deuxième, la défense actuelle du territoire et des ressources naturelles. Bien qu’elle admette en savoir « très peu sur le droit des peuples indigènes », la juge a fait preuve d’une clairvoyance peu commune en décidant à deux reprises de placer sa sentence du côté des peuples autochtones. Elle a ainsi choisi d’inverser la tendance d’un État qui, historiquement, a nié leurs droits et continue de les opprimer aujourd’hui. Cela constitue un admirable exercice d’autocritique, ce qui est rare chez un agent de l’État, qui plus est, l’un des plus hauts postes du système judiciaire.

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El Guayabo / Bella Unión: Une visite en prison et un mariage

Le 23 juin, nos deux observatrices publiaient cet article sur le blog allemand.

En mai, nous avions relaté l’arrestation du leader Álvaro Garcia opérée le 24 avril 2016. Álvaro est toujours en prison à Barrancabermeja et attend sa première audition. Selon le droit colombien, elle devrait être agendée dans les 90 jours après l’arrestation. Aucune date n’a été fixée à ce jour.

Cette incertitude est très difficile à vivre pour Álvaro et sa famille. En raison du  long trajet et des coûts très élevés des transports, seul un de ses sept enfants a pu lui rendre visite en prison.

Dimanche, c’est le jour des visites en prison. Chaque prisonnier peut recevoir deux personnes entre 10h et 14h. Mais le dimanche précédent, la visite avait été refusée à plusieurs membres d’une ONG, bien qu’Álvaro n’aie pas atteint le nombre autorisé de visites. Lorsque nous avons tenté notre chance, seule une d’entre nous a été autorisée à entrer. En raison de notre veste verte qui nous identifie comme observatrices de Peace Watch nous avons toutefois reçu finalement l’autorisation d’y entrer toutes les deux.

Par respect pour son âge, Álvaro est emprisonné avec cinq autres personnes dans un espace un peu plus grand que les autres, aménagé avec une machine à café et une télévision. Plusieurs organisations se sont organisées pour assurer et lui amener ses repas de midi. Le repas du soir est assuré par la prison. Le repas de midi est nettement meilleur, souligne Álvaro.

Le dimanche, la cellule d’Álvaro se transforme en salle de visite. Tous les prisonniers amènent leur matelas. Les membres des familles s’asseyent sur les matelas ou sur des chaises. La télévision assure le bruit de fond permanent. Aucune sphère privée, pas même pour les couples étroitement enlacés.

Compte tenu des circonstance, Álvaro se porte bien. Il est persuadé qu’il va prochainement être libéré et, peut-être, mis en résidence surveillée. Mais nous n’assisterons pas à sa libération car nous terminerons notre mandat dans le Magdalena Medio mi-juillet. Nous ne savons pas non plus, si nous pourrons à nouveau lui rendre visite car nous sommes souvent présentes dans les communautés les dimanches. Nous quittons la prison avec un drôle de sentiment.

Tandis qu’Álvaro reste en prison et que les trois autres leaders restent cachés, la vie des familles et des deux communautés continue. Le quotidien a repris le dessus.

Un événement bienvenu a été un grand mariage annoncé de longue date et qui s’est déroulé le 18 juillet à El Guayabo : douze couples se sont fait bénir dans le cadre d’une longue cérémonie catholique de deux heures. De nombreux couples dans les communautés ne sont pas mariés ni civilement ni religieusement. Plusieurs des couples qui se mariaient ce jour-là vivaient déjà ensemble depuis des années, voire des décennies.

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Mariage de masse à El Guayabo © Monika Stucki 2016

C’était une vision surprenant de découvrir ce jour-là ces femmes et ces hommes dans leurs habits de mariage. Certains parents avaient traversé toute la Colombie pour partager ce moment avec leur famille. La pluie drue et une courte coupure de courant n’ont pas réussi à gâcher la fête. Pour tout le village – et aussi pour nous – ce fut un très beau jour, très particulier.

Sibylle Schaffhauser et Monika Stucki, Barracabermeja, 23 juin 2016

Ouverture du procès contre les défenseurs du territoire du nord de Huehuetenango

Francisco Juan Pedro, Adalberto Villatoro, Arturo Juan Pablo et Ermitaño López de Barillas, ainsi que Domingo Baltazar et Rigoberto Juárez de Santa Eulalia, ont été arrêtés entre février et mars 2015 en raison de leurs activités de défense du territoire et des ressources naturelles dans le nord du département de Huehuetenango. Les six défenseurs des droits de l’Homme accompagnés par Acoguate sont en prison préventive depuis plus d’une année. Le  débat oral public débute le 6 juillet.

Les stratégies de criminalisation

Les stratégies de criminalisation utilisées par les institutions étatiques et qui visent à déstructurer les mouvements de résistance profitent des déséquilibres de pouvoir entre les acteurs communautaires et les entreprises et impliquent une utilisation abusive du droit pénal.

Dans le cas des leaders communautaires de Barillas et Santa Eulalia, il est évident que leur arrestation et leur détention est en lien avec leurs activités de défense du territoire. Les accusations faites par les autorités restent vagues et incohérentes.

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Procès pour le génocide ixil : entre stagnation et commémoration

Le sort du procès historique contre l’ancien dirigeant militaire Ríos Montt et le chef d’intelligence militaire Rodríguez Sánchez est plus incertain que jamais. Les deux accusés font face à la justice pour décider de leur responsabilité en ce qui concerne les délits de génocide et de crimes contre l’humanité commis en 1982 et 1983. Après avoir été jugés en 2013, le Tribunal de Risque Majeur A avait déclaré coupable l’accusé Ríos Montt et l’avait condamné à une peine d’emprisonnement de 80 ans. Dix jours plus tard, la sentence était annulée et tout le processus était à recommencer.

À la cinquième tentative, le procès s’est rouvert près de trois ans plus tard, le 16 mars 2016 sous la direction du Tribunal de Risque Majeur B. La deuxième ronde du procès n’aura pas fait long feu. Le 4 mai 2016, le procès s’est vu nouvellement suspendu en cours de route en raison d’un recours qui devait être résolu pour continuer le procès. Les plaignants (AJR et CALDH) avaient interposé un recours pour séparer les cas de Ríos Montt et de Rodríguez Sánchez, qui étaient jugés conjointement. Pour des raisons de santé mentale, le tribunal a décidé que le procès de Ríos Montt devait se réaliser à huis clos, c’est-à-dire sans la présence du public ni de la presse. Conséquemment, ces conditions s’appliquaient aussi à Rodríguez Sánchez, malgré le fait qu’on ne lui ait pas déclaré de problème de santé mentale. Ainsi, le public et la presse ne pouvaient assister aux audiences de ce dernier accusé, ce qui violait le principe de publicité dont devraient bénéficier un procès portant sur des crimes de cette envergure.

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Des cimetières clandestins de l’armée guatémaltèque datant des années 1980 refont surface sur un institut de formation aux opérations de paix de l’ONU

20 ans après la signature des Accords de paix, suffisamment de preuves ont été collectées afin de juger 8 hauts gradés militaires responsables des crimes commis dans la base militaire ironiquement appelée Creompaz (Comando Regional de entrenamiento de operaciones de Mantenimiento de la Paz) entre les années 1978 et 1986. Le 6 janvier 2016, une vague d’arrestations en relation aux massacres datant des années 1980 dans les municipalités d’Alta et Baja Verapaz a secoué le pays. En début d’année, l’État guatémaltèque avait un mandat d’arrestation pour 22 militaires. Or, huit d’entre eux sont toujours en fuite et recherchés au niveau national et international. Ces captures représentent les plus importantes du genre au pays en ce qui a trait au nombre et au rang des militaires arrêtés. Le 7 juin 2016, la juge Claudette Domínguez a déclaré la résolution de l’étape intermédiaire du procès. 8 militaires, en prison préventive depuis le mois de janvier 2016, devront faire face à la justice lors d’un débat oral et public. Pour des raisons médicales, le militaire Luis Alberto Paredes Nájera devra quant à lui être jugé dans un processus judiciaire distinct. Deux autres, Ismael Segura Abularach et Gustavo Rosales García ont été libérés de manière immédiate suivant la résolution de la juge à leur égard. Les organisations plaignantes ont déjà rendu public qu’elles porteront en appel la décision de la juge à cet effet.

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Il caso per genocidio

Il 10 maggio 2013 ha segnato una giornata storica per il Guatemala: è stato condannato a ottanta anni di prigione l’anziano dittatore militare José Efrain Rios Montt per crimini contro l’umanità e genocidio. Un solo anno e mezzo di potere, dal 1982 al 1983, è stato sufficiente per radere al suolo decine di villaggi e massacrare l’etnia Maya Ixil. I sopravvissuti furono costretti a fuggire nelle Comunità di Popolazioni in Resistenza sulle montagne guatemalteche, o a raggiungere le Pattuglie di auto-difesa civili, con l’obbligo di sorvegliare e puntare le armi contro i loro propri famigliari, amici e vicini.

La sentenza è stata accolta come un trionfo della giustizia e un riconoscimento delle sofferenze vissute. Questa sentenza è stata molto mediatizzata in tutto il mondo: per la prima volta, un ex dirigente viene condannato per genocidio dal tribunale del proprio paese. Nemmeno dieci giorni più tardi, però, tre magistrati della Corte di Costituzionalità, annullano una parte del processo e invalidano la condanna emessa in precedenza. I querelanti decidono comunque di confermare le prove del genocidio.

Nel dicembre 2015, a risposta di un ricorso inoltrato da un’Associazione per la Giustizia e la Riconciliazione (AJR) e dal Centro per l’azione legale in Diritti Umani (CALDH), la Corte ad Alto Rischio B ha fissato una nuova udienza contro Efrain Rios Montt e Jose Mauricio Rodriguez Sanchez. Sempre nel 2015 ci sono stati due tentativi, in gennaio e in luglio, di riprendere il caso il quale è stato fermato.  Continue reading