Interventions de la Mission internationale «Justice pour Cáceres»

Suite à l’assassinat de Berta Cáceres, dirigeante du Conseil civique d’organisations populaires et indigènes du Honduras (COPINH), le 3 mars 2016, une Mission internationale « Justice pour Berta Cáceres »1, composée de 13 personnes de 6 pays d’Amérique et d’Europe, a visité le Honduras du 16 au 21 mars 20161. Ses travaux préliminaires réaffirment que le crime perpétré contre Berta Cáceres est un crime politique, et questionnent fortement l’attitude des autorités honduriennes dans un processus d’enquête totalement opaque.

La Mission internationale « Justice pour Berta Cáceres », a notamment exigé la mise en place urgente d’une commission internationale d’enquête indépendante, impartiale et transparente, afin de permettre l’élucidation de ce crime. Elle a souligné l’obligation du gouvernement hondurien de permettre le bon déroulement des travaux d’enquête et éviter toute mesure qui retarde la procédure ou sème la confusion2. Elle a observé diverses irrégularités dans la procédure, notamment affectant la famille de Berta Cáceres qui s’est vue privée du plein accès à l’information et refuser le droit de nommer un expert indépendant pour réaliser l’autopsie3.

Quant aux pistes d’enquête, la Mission internationale a insisté lors d’une réunion avec le Ministère public sur l’importance d’investiguer les soupçons pesant sur l’entreprise Desarrollos Elétricos Sociedad Anónima (DESA), exécutante du projet [de barrage hydroélectrique] Agua Zarca, contre lequel lutte l’organisation de Berta Cáceres, le COPINH4. Lors d’une conférence de presse à la fin de ses travaux, la Mission a dénoncé « la lenteur de l’enquête, le manque de clarté dans l’information dispensée par le gouvernement, [ainsi que] l’absence de toute volonté de transparence et de communication »5. Elle a aussi dénoncé le fait que la « piste prioritaire » des autorités se dirige contre le COPINH et contre des personnes de confiance de Berta Cáceres, quand bien même 27 menaces et agressions contre Berta Cáceres et son entourage proche ont été documentées en détail depuis 2013, par le Centre pour la justice et le droit international (CEJIL), une organisation défense des droits humains active sur le continent américain6. Précisément en raison des menaces que Berta Cáceres avait reçues de militaires, de policiers et d’agents de sécurité de l’entreprise DESA suite à son engagement contre le projet de barrage, la CIDH avait dicté des mesures de protection à son égard7.

La Mission internationale a rappelé que l’assassinat de Berta Cáceres n’est pas un fait isolé. Il s’inscrit « dans le cadre de la répression continue et systématique des défenseurs/euses des droits humains et de l’environnement au Honduras. Dans ce pays, un grand nombre de « mégaprojets » d’infrastructure, comme Agua Zarca, se mettent en place de manière violente sur les terres des communautés indigènes (…). Ces « mégaprojets » sont encouragés et rendus possibles par les traités de libre échange comme celui qui a été conclu entre les Etats-Unis et l’Amérique centrale ou par des accord d’association et de protection des investissements comme celui qui a été conclu avec l’Union européenne »8.

Enfin, la Mission a relevé l’absence de « raisons légales justifiant de continuer à restreindre la liberté de Gustavo Castro Soto en interdisant son retour au Mexique. Pire : selon les membres [de la Mission], en tant que témoin direct de l’assassinat de Berta Cáceres Flores, sa vie est en danger s’il reste au Honduras »9.

La Mission se prononcera prochainement dans un rapport final et va poursuivre un travail de pression internationale afin « d’exiger une justice pour Berta Cáceres et la fin de l’impunité en rapport avec toutes les violations des droits humains au Honduras »10.

De manière préliminaire, elle recommande entre autres la suspension de l’Accord d’association avec le Honduras, ainsi que de certains mécanismes d’aide financière à cet Etat. Au vu de l’impunité régnant dans le pays, elle réitère son soutien à la demande du COPINH qu’une enquête indépendante soit effectuée, avec la participation d’organismes internationaux des droits humains comme la CIDH11.

Tegucigalpa, Honduras, 22 mars 2016.

1 Contact de la Mission internationale : misioninternacionaljbc@gmail.com.

2 « Noticias de la Misión internacional « Justicia para Berta Cáceres », 18 mars 2016 (http://justiciaparabertacaceres.blogspot.com/2016/03/noticias-de-la-mision-internacional.html).

3 Ibid.

4 Ibid.

5 « Misión international cuestiona lentitud de investigacón en caso de Berta Cáceres », La Tribuna, 21 mars 2016 (http://www.latribuna.hn/2016/03/21/mision-internacional-cuestiona-lentitud-investigacion-caso-berta-caceres/).

6 « Presionarán por justicia para ambientalista hondureña en instancias internacionales », La Prensa, Tegucigalpa, 22 mars 2016 (http://www.prensa.com/mundo/Mision-presionara-ambientalista-instancias-internacionales_0_4442555851.html).

7 Ibid.

8 Communicado de prensa, « Mision internacional « Justicia para Berta Cáceres » arroja preocupantes conclusiones preliminares » (https://app.box.com/s/f3dn3lgrwfz664hdq0iyae5owq85ows2).

9 Ibid.

10 « Presionarán por justicia para ambientalista hondureña en instancias internacionales », La Prensa, Tegucigalpa, 22 mars 2016 (http://www.prensa.com/mundo/Mision-presionara-ambientalista-instancias-internacionales_0_4442555851.html).

11 Communicado de prensa, « Mision internacional « Justicia para Berta Cáceres » arroja preocupantes conclusiones preliminares » (https://app.box.com/s/f3dn3lgrwfz664hdq0iyae5owq85ows2).

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