Honduras, une guerre qui ne dit pas son nom

(Deutsch unten)

Quand on parle du Honduras en Suisse, la première image qui vient à l’esprit, pour le moins à ceux et celles qui savent que le Honduras existe, est celle de la criminalité et surtout des maras. Ces images de membres de gangs aux visages tatoués s’est imprimé dans l’inconscient collectif. Ces gangs sont présentés par le gouvernement et par certains médias comme la source principale des problèmes du pays et des « trains de migrants » qui se dirigent vers le nord principalement aux États-Unis. Sans nier la réalité des problèmes engendrés par ces bandes criminelles, ce que nous en avons vu nous amènent à une vision plus complexe et plus nuancée des causes de cet exode massif.

Le coup d’État militaire qu’a vécu le pays en 2009 et qui a chassé du pouvoir le président élu Manuel Zelaya, est un tournant dans l’histoire du pays. Les raisons avancées par les putschistes étaient que le président voulait changer la constitution pour se faire réélire et qu’il voulait implémenter des mesures de redistribution qui, selon eux, allait transformer le pays en « nouveau Venezuela ».  La partie intéressante du premier argument est que le président actuel Juan Orlando Hernandez (JOH) vient de se faire réélire sans la moindre protestation de ces mêmes personnes. Pour cela, il a réussi à obtenir un jugement de la cours suprême disant que le fait que la constitution interdisait un second mandat serait une violation de ses droits humains. De plus, ses deux élections ont été entachées de graves irrégularités qui ont amené l’Organisation des États Américains (OEA) a dire que la seule façon de savoir qui a réellement gagné serait de refaire purement et simplement de nouvelles élections. Si l’on ajoute à cela un procureur général de la république réélu par défaut dans des circonstances douteuses, une police dont une partie organise elle-même le racket des commerçants et des chauffeurs de taxis et des forces de sécurité qui assassinent les personnes qui manifestent publiquement (voir rapport de la OACNUD sur les violences post-électorales) ou qui s’opposent tous simplement au modèle de développement prôné par le gouvernement et l’oligarchie régnante de ce pays, on voit bien qu’on ne peut plus parlé alors de gouvernement légitime ou même d’une institutionnalisation minimale que tout pays démocratique devrait avoir.

Photo Honduras 3

Un exemple parlant de ces dysfonctionnements sont les événements qui se déroulent dans la communauté de Reitoca (voir blog de Peace Watch Switzerland pour plus d’informations). La municipalité est un des territoires des indigènes Lenca. Pour cela, l’État du Honduras doit y appliquer les lois contenues dans la convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Celles-ci demandent que les communautés soient consultées lors de la réalisation de projets touchant leur territoire et leurs ressources naturelles. La construction du barrage sur la rivière Petacon (Rio Grande de Reitoca) rentre normalement dans ce cadre. Malgré cela, les habitant-e-s se sont rendu compte des travaux en entendant le bruit de la dynamite dans la montagne. Ils et elles se sont alors mobilisés contre ce projet. La réponse du gouvernement a été violente. En effet, des militaires ont été envoyés pour déloger les manifestant-e-s. Ils leur ont tiré dessus à balles réelles et deux personnes ont été touchées.

Lors des manifestations s’opposant à la réélection illégale de JOH, en plus de la trentaine de personnes assassinées par les forces de sécurité dans le cadre de ces démonstrations, le représentant de l’ONU dans le pays (OACNUDH) affirme que la police militaire de l’ordre publique (PMOP) a été utilisée pour réaliser des exécutions extra-judiciaires. Cet organisme créé après le coup d’état ne dépend ni de la police ni des militaires. Ils reçoivent leurs ordres directement du pouvoir politique. De même, lors des manifestations étudiantes qui demandaient des réformes du système éducatif, la répression a été forte. De nombreux étudiant-e-s ont été frappés et criminalisés. Certains ont même été accusés de terrorisme en vertu d’une loi très controversées qui permet d’assimiler la plupart des manifestant-e-s à des terroristes. Lors de « l’évacuation » de l’université, des défenseur-e-s des droits humains venus s’assurer que le droit des étudiants serait respecté, ont subi des violences qui, selon la plainte déposée par leurs avocats, constituent des actes de tortures.

Photo Honduras

La communauté de Zacate Grande est quant à elle un exemple de la militarisation progressive du pays. Sous couvert de lutte contre le trafic de drogue, l’État dissémine sur tous le territoire des campements militaires. Dans le village de Puerto Grande, les militaires se sont installés à une 50 de mètres du siège de l’association de défense du territoire créée par les habitants. Pour ces derniers, il s’agit là clairement d’une tentative d’intimidation qui leur est adressée afin qu’ils arrêtent de s’opposer aux accaparements illégaux de terre et des plages de la région.

Pour conclure, les maras sont en effet un problème important du pays, mais elles sont malheureusement trop souvent utilisées comme excuse pour couvrir les exactions du propre gouvernement. Le cas des étudiants le montre bien. Le gouvernement, relayé par les médias aux mains des grandes familles du pays, justifie le meurtre d’étudiants par le fait qu’ils seraient eux-mêmes membres de maras. Certains cas de meurtre et d’agressions de défenseur-e-s des droits humains et d’opposant-e-s suivent une logique similaire. Ces délits sont imputés aux gangs ce qui permet de clore les enquêtes sans se demander si ces assassinats ont un rapport avec leurs activités de défense de leurs droits. L’utilisation des forces militaires et de la PMOP a été condamnée par les instances des Nations Unies à l’intérieur et en dehors du pays. En effet, ces troupes ne sont pas formées pour faire du maintien de l’ordre mais pour tuer un ennemi sur le champ de bataille. Le problème ici est que le pays entier s’est transformé en ce champ de bataille et que la population est devenue l’ennemi à abattre.

Julien Christe et Christophe Egger, Honduras, septembre 2018


Photos à la Une et dans le texte: Christophe Egger



(Deutsch)

Honduras – ein Krieg, der nicht beim Namen genannt wird

Wenn in der Schweiz von Honduras die Rede ist, denken alle – wenigstens diejenigen, die das Land überhaupt kennen – an die hohe Kriminalität und an die Maras. Das Bild von tätowierten Gangmitgliedern beherrscht das kollektive Unbewusste, wenn es um Honduras geht. Die Mara-Gangs und die überladenen, nordwärts fahrenden Züge mit honduranischen MigrantInnen werden von der honduranischen Regierung und gewissen Medien als das Übel im Land dargestellt. Wir wollen das Problem der gewalttätigen Banden keineswegs verharmlosen, aber einen differenzierteren Blick auf die komplexe Realität in Honduras richten, die Hunderttausende in die Migration zwingt.

Der Putsch gegen den gewählten Präsidenten Manuel Zelaya im Jahr 2009 markiert eine Zeitenwende in Honduras. Die Putschisten erklärten den Staatsstreich damit, Zelaya habe für seine Wiederwahl die Verfassung ändern, das Land neu aufteilen und in Honduras „ein zweites Veneuzela“ errichten wollen. Brisant aus heutiger Sicht ist, dass der jetzige Präsident, Juan Orlando Hernández (JOH) für seine Wiederwahl 2017 genau diese Verfassungsänderung durchgesetzt hat, ohne dass die Gegner von damals dagegen protestiert hätten. Vielmehr wurde die Wiederwahl vom Obersten Gerichtshof gestützt; es argumentierte, das (verfassungsmässige) Verbot für amtierende Präsidenten, sich ein zweites Mal zur Wahl zu stellen, sei im Prinzip ein Verstoss gegen die Menschenrechte. Die Wahlen zur ersten und zur zweiten Präsidentschaft von JOH waren geprägt von massiven Unregelmässigkeiten, so dass die Organisation Amerikanischer Staaten (OAS) beide Male dazu riet, den Wahlgang schlicht zu wiederholen, um Klarheit über das tatsächliche Resultat zu erhalten. Dazu kommen ein Staatsanwalt, der in den Wirren nach den letzten Wahlen auf undurchsichtige Art ins Amt gesetzt wurde, eine Polizei, die während der Strassenproteste nach den Wahlen selber die Plünderung von Geschäften organisierte, sowie Taxidienste und Sicherheitskräfte, die an der Ermordung von Protestierenden beteiligt waren (Bericht vom UNO-Hochkommissariat für Menschenrechte zur Gewalt im Anschluss an die Wahlen).  Wir können in Honduras nicht von einer legitimierten Regierung sprechen, und es mangelt an einer minimalen Institutionalität, die eine halbwegs funktionierende Demokratie garantieren würde.

Photo Honduras 3Ein konkretes Beispiel für diese Zustände zeigen die Vorkommnisse in der Gemeinschaft von Reitoca. (Im Lateinamerika-Blog von PWS haben wir mehrmals darüber berichtet.) Die Gemeinschaft gehört zum Gebiet der Lenca. Gemäss der Anhörungspflicht für Staaten, wenn indigene Gebiete von Abbau- Infrastruktur- oder Industrieprojekten betroffen sind (Bestimmung ILO 169), hätte die Gemeinschaft vor der Realisierung der geplanten Projekte angehört werden müssen. Im Fall des Staudamms am Río Grande de Reitoca wäre die Anhörung obligatorisch gewesen. Trotzdem haben die Leute von Reitoca erst mit den ersten Detonationen für die Rodung erfahren, dass ihr Lebensraum umgebaut wird. Als sie sich wehrten, kam die Antwort der Regierung in Form von Gewalt. Das Militär wurde geschickt, um die Protestierenden zu vertreiben. Zwei Menschen wurden durch Schüsse verletzt.

Während der Proteste gegen die erzwungene und gefälschte Wiederwahl von JOH im November 2017 sind rund 30 Menschen von Sicherheitskräften getötet worden. In seinem Bericht spricht das UNO-Hochkommissariat für Menschenrechte von aussergerichtlichen Hinrichtungen durch die Militärpolizei PMOP. Diese Sicherheitseinheit, die nach dem Putsch geschaffen wurde, untersteht weder der Polizei noch der Armee. Sie bekommt den Befehl direkt von der politischen Führung. Die StundentInnen der Universität, die eine Reform des Bildungssystems forderten, erhielten die Antwort in Form von repressiver Gewalt. Sie wurden geschlagen und kriminalisiert. Einige wurden sogar wegen Terror angeklagt, gestützt auf ein Gesetz, dass die meisten Formen von Protesten bei Bedarf unter Terrorismusverdacht stellen kann. Anlässlich der „Evakuierung“ der Universität zur Beendigung der Proteste gab es zahlreiche Übergriffe auf protestierende StudentInnen, die von AnwältInnen als Folter bezeichnet werden.

Photo Honduras

Auch die Gemeinschaft von Zacate Grande zeigt die fortschreitenden Militarisierung im Land. Unter dem Vorwand, den Drogenhandel zu bekämpfen, hat die Armee im Gebiet zahlreiche Stützpunkte errichtet. Im Dorf Puerto Grande wurde dieser in kaum 50 Metern Entfernung zum Versammlungsort und der Radiostation der Gemeinschaft installiert. Es ist klar, dass dies in erster Linie der Einschüchterung der Gemeinschaft dient, damit diese aufhört, sich gegen die Wirtschaftspläne der Regierung – in der die Menschen der Region keinen Platz haben und zu denen sie auch nicht befragt werden  – zur Wehr zu setzen.

Die Maras sind in der Tat ein Problem im Land; aber allzu häufig werden sie zum Vorwand genommen, um die Übergriffe der Regierung zu verdecken. Um das Vorgehen gegen die protestierenden StudentInnen zu rechtfertigen, erklärte die Regierung, hinter der die reichsten und mächtigsten Familien im Land stehen, die StudentInnen hätten  den organisierten Banden angehört. Bei Gewalt gegen und Ermordung von MenschenrechtsverteidigerInnen und UmweltaktivistInnen folgt die offizielle Reaktion oft einer ähnlichen Logik. Die Delikte werden den Gangs zugeschrieben; so können die Fälle ohne nähere Aufklärung geschlossen werden. Der Einsatz von Militärkräften und der PMOP wurde von der UNO in Honduras und im Ausland mehrmals heftig kritisiert. Diese Sicherheitskräfte sind nicht da, um für Recht zu sorgen, sondern um einen Feind auf dem Schlachtfeld zu schlagen. Dabei ist das ganze Land zum Schlachtfeld  geworden, und der Feind, den es zu schlagen gilt, ist immer mehr die eigene Bevölkerung.

Julien Christe und Christophe Egger, Honduras, im September 2018


Fotos: Christophe Egger

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