Un jour dans la peau d’une observatrice internationale des droits de l’Homme

C’était le 23 août dernier. J’arrivais en Colombie et m’apprêtais à endosser le rôle d’observatrice pour l’ONG Peace Watch Switzerland (PWS) et son partenaire colombien Pensamiento y Accion social (PAS). Mon rôle consisterait donc à accompagner des communautés de petits paysans luttant pour garder leurs terres face à de grands propriétaires terriens, ou dans un des cas, une entreprise d’huile de palme. En d’autres termes, mon collègue et moi-même allions nous rendre sur le terrain afin d’observer la situation des communautés au quotidien, les attaques et menaces dont elles sont victimes, leur manière pacifique d’y résister, mais également les difficultés et conséquences que cette lutte impliquent. Pour en savoir plus sur le contexte de cette communauté, voir l’article suivant: las-pavas. Plus concrètement, après un peu plus d’un mois passé sur le terrain, voilà à quoi peut ressembler une de nos journées.

Il doit être à peine 5h15 du matin. La nuit a été un peu entrecoupée car un fort orage a sévi et, comme toujours sur cette vaste terre, le tonnerre a résonné fort et la pluie est tombée drue sur le toit de tôle. Comme la lumière du jour a tendance à me réveiller, allongée dans mon hamac, j’ai recouvert mes yeux de mon sac à viande afin d’essayer de dormir encore un peu. Mais déjà, il est trop tard, j’entends les “campesinos” se lever et discuter. Je retire mon masque de nuit improvisé et je guigne à travers ma moustiquaire. Le jour perce à peine, je me tourne (si si, on peut se tourner dans un hamac!) et m’octroie encore quelques minutes de sommeil, ou plutôt de doux réveil. A 5h40, je décide qu’il est temps de me lever! Je défais donc le noeud de ma moustiquaire, soigneusement noué la veille pour éviter le passage de tout éventuel insecte nuisible, et sors de mon hamac en essayant de viser mes tongs que j’ai quittées la veille en me couchant. La matinée est fraîche, il a plu cette nuit, c’est agréable… Je reprends mon pantalon et mon t-shirt suspendus à la corde de mon hamac, ils sont humides forcément. Ils sécheront sans que je m’en rende compte! Je me débarbouille le visage grâce à l’eau de pluie récupérée dans un grand tank, me fais rapidement une queue de cheval pour tenter de contenir mes cheveux rebelles avec cette humidité, et voilà je suis prête!

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Pendant ce temps, Esteban*, un des campesinos qui a dormi avec nous, a déjà allumé le feu pour préparer le petit déjeuner et fait le café. Il ne nous reste qu’à préparer notre repas. Ce sera oeufs brouillés et arepas (galette de maïs). Nous nous chargerons des oeufs, Esteban des arepas qu’il fera cuire dans des feuilles de bananiers.

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Le programme de la journée: aller rendre visite aux “parceleros”, les campesinos qui vivent sur leur parcelle. Comme le territoire est assez vaste, les parcelles assez éloignées les unes des autres, nous avons besoin d’un guide. Il a été convenu que celui-ci passerait nous prendre “temprano”, c’est-à-dire tôt, nous attendons, il est 7h00… Vers 8h00, un autre campesino arrive à pied du village. Il y a passé quelques jours et rentre sur sa parcelle pour aller travailler. Nous discutons avec lui et lui expliquons que nous attendons notre guide. Après un court instant, il nous propose de nous amener sur la première parcelle qui appartient justement à la famille de notre guide. Nous partons donc, casquette sur la tête et gilet vert PWS sur le dos, armés de notre sac à dos contenant de l’eau en quantité, crème solaire, anti-moustique, appareil photo, bloc-note, ainsi que de quoi préparer un repas que nous déposerons sur cette première parcelle où nous reviendrons pour le dîner.

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Nous marchons une petite vingtaine de minute et arrivons à destination. Notre guide est en train de travailler mais on nous dit qu’il va arriver. Finalement José*, qui nous a accompagné jusque-là, nous propose de nous guider pour la journée après être passé chez lui pour se changer. Nous en profitons pour discuter avec la maman et sa fille. 30 minutes plus tard, José revient et nous pouvons partir. Il est 9h45. Le chemin jusqu’à la parcelle suivante est un peu plus long. Nous marchons une bonne demi-heure sur un chemin de terre. Comme il a plu durant la nuit, il y a des passages boueux mais nous adaptons nos pas pour les éviter au maximum (ayant préféré risquer nos baskets plutôt que d’enfiler les bottes en caoutchouc!). Le ciel est nuageux, il semble faire plus frais que d’habitude, mais ce n’est qu’une impression… Dès que l’on se met en marche, nous sentons que l’air est chargé d’humidité et nous suons… Nous atteignons la deuxième parcelle et les chiens, en bons gardiens de maison, courent en notre direction en aboyant. Il suffit d’un cri du propriétaire des lieux pour que ceux-ci baissent un peu leur garde. Nous nous asseyons, sortons nos bouteilles d’eau afin de récupérer le litre que nous venons de perdre en marchant jusque-là et discutons avec la famille. Les enfants nous observent, osent un petit sourire du coin de la bouche. Un chiot, joueur, vient s’en prendre à la lanière du sac de mon collègue. Un dindon sort ses ailes et gonfle ses plumes pour essayer de séduire Madame. Lors de cette rencontre, nous apprendrons qu’ils cultivent du riz, des bananes plantains et de la yuca, mais que malheureusement cela n’est pas un régime alimentaire adapté aux enfants. La nourriture est un réel problème pour cette communauté, les attaques sur les cultures étant fréquentes.

Une parcelle que l'on visite

Une des parcelles que l’on visite

Culture de riz

Un champ de riz

Les plantes de la yuca

Les plantes de la yuca

Il est temps de nous remettre en route. Le chemin s’enfonce un peu plus dans la forêt et les moustiques font leur apparition. Vite un petit coup d’anti-moustique en plus de la casquette qui passe d’un côté et de l’autre de la tête pour éloigner ces nuisibles. Le sentier est assez mauvais, beaucoup d’arbres sont tombés, de nombreux endroits sont boueux. Après 30 minutes, nous nous retrouvons devant un pré inondé où un troupeau de vaches est passé… Nous essayons de nous frayer un chemin en évitant au maximum de nous enfoncer dans la boue. Peut-être aurait-il été finalement plus ingénieux d’enfiler nos bottes… Il nous faut nous rendre à l’évidence, nous n’arriverons pas à passer par-là! Nous décidons de rebrousser chemin et de passer par “la route”, qui n’est autre que le sentier principal. Il est déjà quasi 12h00. Nous retournons donc sur la première parcelle pour dîner et continuerons notre visite durant l’après-midi. Le dîner est composé de riz, de thon, de tomates, d’oignons et de yuca. La nourriture contient ici beaucoup de féculents, mais est en général très bonne! Arrivent le cousin, l’oncle et le père, nous mangeons alors tous ensembles. Après une petite sieste dans le “chincharon” (type de hamac fait de noeuds), nous repartons. Il est 14h20. Nous visiterons 3 autres familles durant l’après-midi avec lesquelles nous évoquerons la situation de la communauté, l’état de leurs cultures, mais également les habitudes alimentaires suisses, les saisons et la toute petite taille de notre pays par rapport à l’immense Colombie, la population suisse tenant dans la seule ville de Bogota!

Il est 17h15 et nous arrivons au campement où nous dormons. Nous profitons de la lumière du jour pour nous doucher. Esteban a déjà rempli le seau d’eau de pluie pour que nous puissions nous laver. Il n’y a plus qu’à prendre des habits secs et enfin, nous pouvons nous rafraîchir un peu!

Entre-temps, la nuit est tombée et nous cuisinons à la lampe frontale. Une unique ampoule éclaire le campement de sa faible lueur, elle nous suffira pour manger. Nous discutons avec Samuel* qui nous raconte l’histoire de la communauté, les différentes étapes de leur lutte longue de 8 ans déjà, la difficile réalité du quotidien…

Arrive 21h00, les grillons se sont réveillés et nous, nous estimons que c’est une heure raisonnable pour aller nous allonger. Je réfléchis à ce dont j’ai besoin pour la nuit, je veux éviter au maximum de devoir ressortir de mon hamac, sous ma moustiquaire! Lampe-frontale, sac à viande, et ma liseuse car il est quand même un peu tôt pour s’endormir…

Le paysage qui nous entoure

Le paysage qui nous entoure

* nom d’emprunt

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