El Triunfo, un père face aux pouvoirs

(Deutsch unten)

HONDURAS. Le père Florentino est le curé de la municipalité de El Triunfo. Cette petite ville de 15’000 habitant-e-s est le chef-lieu de la municipalité de 63’000 habitant-e-s qui porte le même nom. Dans son travail, il est accompagné du père Eulogio et d’une petite dizaine de jeunes séminaristes se destinant à la prêtrise. Étant les référents religieux de toutes les communautés de la zone, ils se déplacent chaque jour sur de petites routes de terres qui ressemblent parfois à de simples chemins traversant montagnes et forêts afin d’accomplir leurs tâches. Lors des quelques services durant lesquels nous avons pu accompagner le père Florentino, nous avons pu nous rendre compte de l’affluence importante qu’il arrivait à faire venir à ces messes ainsi que de la relation simple et ouverte qu’il entretient avec ses ouailles. De plus, depuis huit ans qu’il est en charge de la paroisse, il a fait construire de nombreux lieux de culte dans la plupart des communautés et des quartiers de la municipalité sans compter la rénovation de l’église principale de la ville.

Vous vous demandez donc sûrement maintenant quel peut bien être la raison d’être de cet article dans une section parlant de droits humains. Si l’histoire s’arrêtait là, probablement aucune. Le récit d’un prêtre faisant correctement son travail serait sûrement intéressant, mais sa place ici serait discutable. Le problème est que ce prêtre est menacé à différents niveaux. Le premier est celui même de sa vie. En effet, en plus des menaces qui lui sont adressées régulièrement, un événement particulier à profondément modifié sa façon de vivre et de se déplacer. Début décembre 2012, son bras droit au sein de l’église a été abattu de sang-froid par plusieurs hommes armés à 11h du matin dans une station-service de la ville. Les coupables sont connus de tous car l’un d’entre eux s’est plaint en public de n’avoir pas reçu entièrement son « salaire » pour le travail effectué. Malgré cela, aucune mise en examen n’a été ouverte et selon ce que nous ont dit les habitant-e-s, l’enquête a été au mieux bâclée, au pire inexistante. Le père croise donc régulièrement ces personnes dans la rue. Cela, comme il nous l’a expliqué, l’a obligé à se protéger d’avantage et à ne jamais sortir seul. Et même ainsi, comme chacun pourra le comprendre, le sentiment de peur reste présent.

Il y a différentes causes à ces attaques. Tout d’abord, une compagnie minière « Minera Agua Dulce S. de R. L. », a obtenu deux concessions d’exploration et a fait de nombreuses demandes pour pouvoir exploiter des filons d’or et d’autres métaux qui se trouvent dans la petite chaîne de montagne qui traverse toute la municipalité. En raison des dommages irréversibles à l’écosystème de la région que de telles mines à ciel ouvert occasionneraient ainsi que des menaces d’expropriations qui pèsent sur une bonne partie des habitant-e-s, de nombreuses communautés, telle la plus emblématique : Ojo de Agua, se sont fortement opposées aux projets. Elles ont bloqué les routes d’accès et ont obligé l’entreprise à enlever les machines qu’elle avait apportées. En représailles, les habitant-e-s ont été menacé-e-s et criminalisé-e-s. Des coups de feu ont même été tirés par des personnes liées à la mine à l’entrée d’un village en direction d’une maison devant laquelle de nombreux enfants étaient en train de jouer. Cet incident n’a heureusement pas fait de victimes. Toutefois, cela montre le niveau de tension extrême que cette situation a engendré. Le père Florentino a accompagné les habitant-e-s dans leurs combats. Il nous a expliqué que sa vision de la prêtrise impliquait un contact proche avec sa congrégation et avec ses problématiques. Il nous a dit que, après une discussion avec eux, il avait été convaincu par les arguments de bon sens et la nécessité de protéger l’environnement exprimés par toutes ces personnes et qu’il avait donc décidé de se battre à leurs côtés. Ce simple fait lui a donc valu plusieurs ennemis puissants : la compagnie minière et les autorités locales favorables au projet. Ces dernières avancent également que ses prêches leurs ont fait perdre les élections deux fois.

Le prêtre nous a expliqué que, selon lui, son travail dépassait le cadre strict de la religion. Que, dans un pays où les différents pouvoirs économiques, politiques et religieux se servaient du manque d’éducation et de la pauvreté endémique (67 % de la population du Honduras vit sous le seuil de pauvreté) pour maintenir la population dans un état de dépendance, un travail d’éducation et de conscientisation était plus que nécessaire. Il a donc commencé à parler de droit des femmes et des enfants. Il a pu aider ainsi à réduire les violences qui leurs étaient faites et à favoriser la scolarisation des filles. Il a également commencé à parler de démocratie et de politique. Non d’un point de vue partisan car, comme il nous l’a dit, il a, en ce domaine, une doctrine consistant à dire que s’il veut pouvoir parler avec toute sa communauté religieuse, il ne peut se revendiquer d’aucun parti. Le seul dont il nous a dit avoir été membre est le Partido Nacional (PN) actuellement au pouvoir au Honduras. Ses arguments étaient que la démocratie implique une forme d’alternance et un choix des candidats par rapport à leurs programmes et non par rapport à une appartenance familial à un parti ou en raison des différents « cadeaux » que les candidats offrent en période de campagne électorale. Ces prises de positions démocrates au demeurant, lui ont, bien entendu, été reprochées lors de la défaite du Partido Nacional aux élections de 2013 alors qu’ils détenaient la municipalité depuis plus de 50 ans sans partage (avec des maires venant presque exclusivement d’une seule famille pendant toute cette période). Plus étrange encore, c’est la raison invoquée le jour suivant les élections de 2017 par l’évêque de Choluteca, la capitale du département, pour le déplacer dans une autre paroisse. Les mots exacts sont qu’il aurait « fait campagne ouvertement pour le parti libéral et contre le parti national ». Ce qui est faux, comme nous l’avons expliqué précédemment. De plus, afin de « résoudre ses problèmes », l’évêque lui a proposé une sorte de réunion de conciliation où ils participeraient tous deux accompagnés du candidat du PN battu. Sans compter le fait que cette réunion devait se passer dans la résidence d’un trafiquant de drogue local, cela montre, à nos yeux, les liens qui unissent les différents pouvoirs à l’œuvre dans ce pays.

Le prêtre a refusé de renoncer à sa charge en arguant que cette décision de l’évêque était avant tout due à des pressions venant des secteurs politiques et économiques actifs dans la région et que la décision n’avait aucune base religieuse. Selon lui, c’est avant tout une tentative d’ôter à la population un des rares appuis qu’elle a dans sa lutte pour la protection de l’environnement. Il va donc, selon ce que lui a dit l’évêque la semaine de ses 50 ans, être renvoyé de sa charge de prêtre purement et simplement pour ne pas avoir obéi à ses ordres.

San Lorenzo, Julien Christe Juillet 2018


Photo et vidéo: Christophe Egger Juillet 2018


Deutsch:

Die Freie Republik von El Triunfo

Florentino ist katholischer Pfarrer in El Triunfo. Die Kleinstadt ist das Zentrum des gleichnamigen Bezirks mit rund 63‘000 EinwohnerInnen, in der Provinz Choluteca im Süden von Honduras. Zusammen mit Pfarrer Eulogio und knapp zehn jungen Seminaristen ist Padre Florentino zuständig für die Seelsorge in seiner Pfarrei. In dieser Funktion ist er im weitläufigen Bezirk viel unterwegs; oft erreicht er die abgelegenen Gemeinschaften nur über Fusswege durch die Gebirgszüge und Wälder. Einige Male haben wir ihn dabei begleitet und gesehen, wie rege und gern die Menschen seine Gottesdienste besuchen; Padre Florentino pflegt einen unkomplizierten, offenen Umgang mit den Menschen. Seit 8 Jahren leitet er die Pfarrei. In dieser Zeit sind in den Gemeinschaften neue Orte für die Gottesdienste entstanden, und die Hauptkirche in El Triunfo wird derzeit renoviert.

Warum wir an dieser Stelle über Padre Florentino berichten, fragen Sie sich? Nun, dieser Pfarrer, der seine Arbeit in den Dienst der Menschen stellt, ist an Leib und Leben bedroht. Seit Langem erhält er regelmässig Drohungen; aber ein Ereignis hat ihn gezwungen, seine Leben und die Reisen in die Gemeinschaften grundlegend zu verändern. Anfang Dezember 2012 wurde ihm um 11.00 vormittags und in aller Öffentlichkeit von bewaffneten Männern der rechte Arm abgeschlagen. Die Täter sind bekannt, einer davon hat sich nach der T at sogar darüber beklagt, den „Lohn“ für diese Arbeit nicht erhalten zu haben. Eine Untersuchung der Gewalttat ist trotzdem ausgeblieben – sie wurde eingestellt oder gar nie eröffnet. Padre  Florentino begegnet den Tätern bis heute immer wieder auf der Strasse. Dies zwinge ihn, so sagt er uns, sich zu schützen und niemals alleine unterwegs zu sein. Doch auch in Begleitung geht  die Angst auf Schritt und Tritt mit ihm.

Die Gründe für die Attacken gegen Padre Florentino liegen zum Beispiel bei der Minengesellschaft „Minera Agua Dulce S. de R. L. », die von der Regierung zwei Explorationskonzessionen erhalten hat und eine Goldader sowie weitere wertvolle Erze in der bergigen, bewaldeten Region im Visier hat. Der Tagbau zur Ausbeutung von Gold und Erzen würde das Oekosystem der gesamten Region für immer kaputt machen, und zahlreiche bäuerliche Gemeinschaften würden ihr Land, von dem sie heute leben, verlassen müssen. Darum wehren sich die Menschen der betroffenen Gemeinschaften gegen das Vorrücken der Minengesellschaft. Die Gemeinschaft Ojo de Agua, beispielsweise hat die Zugangswege blockiert und die Gesellschaft gezwungen, ihr vor Ort gebrachtes schweres Gerät wieder abzuziehen. Dafür wurde die Gemeinschaft bedroht und kriminalisiert. Auf ein Haus am Eingang des Dorfes von Ojo de Agua wurden Schüsse auf spielende Kinder abgegeben – zum Glück wurde bisher niemand verletzt. Der Vorfall zeigt aber den Druck, der aufgebaut wird, um die Menschen in die Knie zu zwingen. Padre Florentino hat die Gemeinschaft begleitet und gestützt. Für ihn ist es seine Pflicht, die Menschen ich ihrem Alltag und in ihren Schwierigkeiten zu unterstützen. Die Menschen hätten ihn mit ihren Argumenten davon überzeugt, dass es richtig sei, diese Gegend gegen den Zugriff der Minengesellschaft zu verteidigen. Diese Unterstützung hat ihm die Feindschaft von einigen mächtigen Personen in der Region eingetragen. Diese Mächtigen schreiben ihm inzwischen auch ihren Misserfolg bei den letzten beiden Wahlen zu.

Natürlich gehe seine Arbeit über die reine, kirchliche Seelsorge hinaus, sagt Padre Florentino. Doch in einer Gesellschaft, in welcher sich die wirtschaftlich und politisch Mächtigen die Armut, den Mangel an Bildung und Abhängigkeiten schamlos zu ihren Gunsten ausnutzten, in der 67% der Bevölkerung laut offizieller Statistik unter der Armutsgrenze lebten, könne man als Seelsorger nicht anders, als Aufklärungs- und Bewusstseinsarbeit sowie die Selbsthilfe der Benachteiligten zu unterstützen. Also habe er begonnen, über Frauen- und Kinderrechte zu sprechen, und es sei gelungen, die Gewalt in den Gemeinschaften zu reduzieren und die Einschulungsquote zu erhöhen. Auch Demokratie und politische Mitsprache habe er thematisiert. Er tue dies nicht vor einem parteipolitischen Hintergrund; die einzige Partei, der er jemals angehört habe, sei der Partido Nacional, Regierungspartei in Honduras. Seiner Meinung nach müsse Demokratie aber eine echte Wahl von unterschiedlichen Programmen bieten – nicht an Besitzverhältnisse und Geschenke geknüpft sein. Diese Auffassung sei ihm nach den Wahlen 2013 denn auch vorgeworfen worden, als der PN, nach fünfzigjähriger Alleinherrschaft die Macht habe abgeben müssen. Bis dahin waren die Bürgermeister der gesamten Region Angehörigen einer einzigen Familie gewesen. Nach den Wahlen von 2017 hat ihm der Bischof in der Provinzhauptstadt Choluteca selber vorgeworfen, er habe im Bezirk eine offene Kampagne für die Liberale Partei gemacht, was natürlich überhaupt nicht stimmt. Dafür, so entschied er Bischof, werde Padre Florentino in eine andere Pfarrei versetzt. Ausserdem lud  der Bischof Padre Florentino zu einer „Aussprache“ ein, an der neben ihm selber die beiden unterlegenen Kandidaten des Partido Nacional teilnehmen würden und die ausgerechnet in der Villa eines bekannten Drogenbarons stattfinden sollte. Dies zeigt in unseren Augen die tiefe Verflechtung von Macht und organisiertem Verbrechen in der Region.

Padre Florentino hat sich seiner Versetzung aus der Pfarrei widersetzt. Er argumentierte, in der Begründung des Bischofs gebe es keine religiöse, kirchliche oder seelsorgerische Grundlage. Vielmehr gehe es bei der Versetzung darum, der Bevölkerung den einzigen Rückhalt für ihren legitimen Kampf zur Erhaltung von Natur und Umwelt wegzunehmen. Der Bischof liess ihn daraufhin wissen, dass er wegen Ungehorsam gegen die Kirchenobrigkeit versetzt werde.

San Lorenzo, Julien Christe Juli 2018
(Überstezung: PWS)


Foto und video: Christophe Egger Juli 2018

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