“Nous pensons que votre politique de genre est excellente!”

Article de Heide Trommer, accompagnatrice internationale des droits humains de PWS au Honduras et Mireia Izquierdo Prado, Coordinatrice PWS au Honduras

Tegucigalpa, Honduras, juillet 2022

“Nous pensons que votre politique de genre est excellente! C’était le premier commentaire de la directrice d’un groupe d’avocats que nous accompagnions, lorsque nous avons discuté du document dans son bureau.

En février dernier (voir aussi le blog de février 2022, l’article “Notre vision de la justice de genre devient plus contraignante”) lors de premières visites, nous avons partagé notre politique de genre récemment élaborée, avec les organisations et les communautés que nous accompagnons

Notre politique de genre découle d’un processus qui a débuté en 2019 lorsque nous avons constaté la nécessité d’intégrer une approche genre dans le travail d’accompagnement. Ce fut un long processus de construction collective entre les volontaires nationaux et internationaux et le personnel du bureau PWS-Honduras.

Pour socialiser la version consolidée du document, nous avons demandé aux organisations et communautés accompagnées d’en discuter avec leurs membres puis de créer un espace pour en débattre, faire des commentaires et des suggestions. C’est précisément à ce moment que nous nous trouvons, pendant les mois de juin et juillet, nous avons travaillé à socialiser ce document et à connaître les opinions des organisations, dont les suggestions et recommandations seront reflétées dans la politique de genre.

Sur l’objectif et le contenu de la politique genre

L’objectif de la politique genre est de pouvoir réagir adéquatement en tant qu’organisation et en tant qu’accompagnateurs lorsque nous sommes témoins d’agressions sexuelles, de harcèlement ou de violences conjugales lors de nos accompagnements ou lorsque l’accompagnatrice ou l’accompagnateur subit des agressions pendant ou en dehors des accompagnements et/ou lorsqu’il s’agit de l’accompagnateur ou de l’accompagnatrice qui commet l’agression.

Le document explique le concept de sexe, de genre, d’orientation sexuelle, d’identité de genre, d’expression de genre et fait référence au débat international et à l’intégration de la perspective de genre dans toutes nos activités. Notre politique de genre est basée sur la conviction que toutes les personnes sont égales et que nous avons tous les mêmes droits humains, quel que soit notre sexe, notre genre ou notre orientation sexuelle.

En annexe au document, il y a un guide pour agir en cas de harcèlement, la législation pénale hondurienne applicable et les documents pertinents de PWS tels que la demande d’accompagnement, la lettre d’invitation et l’engagement du Comité Genre.

Pour la mettre en pratique et superviser son application, la politique de genre prévoit la création d’un Comité Genre, composé d’une personne du bureau suisse et de la coordination au Honduras et d’un accompagnateur. Ce comité évalue chaque année les expériences en la matière. Pour cela, dans nos rapports internes sur les accompagnements, nous avons ajouté une partie qui met l’accent sur les incidents de genre lors des accompagnements.

Les organisations accompagnées sont invitées à désigner une personne de contact que les accompagnant(e)s ou le bureau de PWS peuvent contacter directement en cas d’incidents liés au genre.

En outre, l’accord d’accompagnement est prolongé. Jusqu’à présent, notre travail d’accompagnement repose sur les principes suivants :

• Nous respectons l’intégrité de toutes les personnes.

• Nous accompagnons et observons sur demande et selon notre mandat.

• Nous n’intervenons pas dans les conflits et décisions locaux.

• Nous ne participons pas aux questions partisanes.

• Nous agissons conformément à la législation nationale et internationale.

• Nous contribuons à la promotion de la paix et de la non-violence.

• Nous ne fournissons pas d’aide humanitaire ni ne réalisons de projets de type asistencialistes.
Dans le “nouvel” accord d’accompagnement, il sera élargi et comportera un nouveau principe .

• Nous promouvons le respect, l’équité et l’égalité des genres, la diversité sexuelle et culturelle.

Réactions des organisations accompagnées

Lorsque nous avons partagé la politique genre, nous avons demandé aux organisations accompagnées de lire le document et d’en discuter au sein de leurs organisations/Conseils/mouvement. Certaines organisations nous ont informé de leurs commentaires convenus en interne, d’autres organisations qui n’avaient pas encore pu socialiser le document ne nous ont fait part que des opinions personnelles des membres présents.

Les commentaires allaient de : “Génial !”, “Je trouve ça brillant ! Vous devriez le socialiser !”, “Nous allons l’aligner sur notre politique de genre existante”, “Cela nous aide à faire avancer la discussion dans l’organisation.” à : ” Le concept de genre est néocolonial, il ne nous sert pas, nous devons développer le nôtre”1. Un autre a déclaré : ” Ce que dit la politique de genre contrevient à ce que dit la Bible (se référant à l’orientation sexuelle) “2. Cette opinion est partagée par plusieurs forces dans le pays, par ex. l’un des leaders du Parti national, qui dans ses réseaux sociaux le 27/06/2022, a publié que la communauté LGBTI+ est une conception Anti-Dieu3. Lorsqu’à la mi-juin, la radio nationale hondurienne a commencé à diffuser un spot pro-LGBTQ+ pour sensibiliser à la diversité de l’orientation sexuelle, le spot a été retiré rapidement en raison des protestations de l’Église, des auditeurs et de certaines entreprises. Ainsi, on voit à quel point la question du genre est très présente au Honduras.

Il est intéressant de noter que les critiques fondamentales de notre document n’ont été exprimées que par quelques hommes. Les femmes apprécient le papier, le considèrent comme bon et l’utilisent pour leur travail.

Par exemple, dans une réunion, les femmes d’une organisation accompagnée s’opposent à cette critique : “Ici et dans mon cas personnel, nous avons des principes chrétiens. L’essentiel est qu’il y ait toujours du respect. Dieu vient pour un cœur pur, peu importe comment cette personne est dans sa vie privée. Quand vous ne respectez pas, c’est quand vous discriminez et n’aidez pas l’autre. On en a marre qu’en tant que femmes qu’on nous manque de respect, parfois on n’a pas le morale et ont doit en plus subir les blagues [machistes]”. Une autre dit : ” Nous avons une foi, une croyance, mais nous apprenons aussi à aimer et à vivre dans un monde diversifié. J’ai dû participer à des ateliers à Colón et là, pour la première fois, j’ai vécu avec des homosexuels, des lesbiennes et des transsexuels. Travailler avec des organisations de défense des droits humains m’a permis d’ouvrir ma façon de penser”. Un autre ajoute : ” Nous voulons le respect et ce document est ce qu’il est, le respect entre hommes et femmes. Elle devrions la discuter lors de notre assemblée “. Il convient de mentionner que la violence sexuelle dans les communautés et les agressions contre les femmes et les filles ont été discutées dans toutes les réunions.

Suite à la socialisation de la politique de genre, de nouvelles options d’accompagnement ont été ouvertes, notamment avec des organisations de femmes intéressées à signer une convention d’accompagnement avec PWS en raison, notamment, de cette approche transversale de genre dans notre présence physique et notre accompagnement dans les communautés.

Cela nous motive vraiment à poursuivre notre travail et nous apprécions grandement la confiance que les organisations de femmes accordent à PWS. Nous croyons fermement que notre travail devrait contribuer à l’égalité des sexes et améliorer la situation des femmes et des filles. Pour cette raison, nous avons également créé ce que nous appelons un ” protocole de référence ” qui consiste en des alliances avec des organisations nationales qui ont de l’expérience dans la fourniture de divers services aux femmes qui ont subi des violences basées sur le genre (conseils juridiques, assistance médicale, thérapie psychologique, etc. ) à savoir que lorsqu’un cas nous est signalé dans une communauté, nous pouvons référer le cas à ces organismes en qui nous avons confiance et qui peuvent fournir au demandeur le service requis.

Légende de la photo : “Socialisation de la politique de genre de PWS dans la communauté Costa Azul en juin 2022”

1Une jeune étudiante en sociologie en stage

2Un membre d’une organisation accompagné

3 https://tiempo.hn/tomas-zambrano-tuit-comunidad-lgbti/

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