Quand la Justice décide de rompre avec l’impunité: une sentence historique en faveur de 7 autorités indigènes au Guatemala

« Il est préoccupant pour les juges que des accusations pénales puissent être formalisées sur la base de faits qui ne sont pas avérés. Nous sommes en 2016, il s’agit d’une nouvelle ère, nous ne sommes pas sous l’Inquisition ». Yassmín Barrios, lors de la lecture du jugement, le 22 juillet 2016.

La situation dans le nord du Département de Huehuetenango: agressions physiques et persécution légale

Le vendredi 22 juillet 2016 à 21h54, heure du Guatemala, une sentence d’une grande importance a été prononcée par la juge Yassmín Barrios Aguilar, celle-là même qui avait secoué l’opinion en condamnant l’ex-dictateur Efraín Ríos Montt pour génocide en mai 2013. En un peu plus de trois ans, la magistrate cumule ainsi deux jugements historiques: le premier, concernant les crimes commis durant la dictature et le deuxième, la défense actuelle du territoire et des ressources naturelles. Bien qu’elle admette en savoir « très peu sur le droit des peuples indigènes », la juge a fait preuve d’une clairvoyance peu commune en décidant à deux reprises de placer sa sentence du côté des peuples autochtones. Elle a ainsi choisi d’inverser la tendance d’un État qui, historiquement, a nié leurs droits et continue de les opprimer aujourd’hui. Cela constitue un admirable exercice d’autocritique, ce qui est rare chez un agent de l’État, qui plus est, l’un des plus hauts postes du système judiciaire.

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Pas toujours facile de rentrer

25 Juin : tout juste un mois a passé depuis mon retour en Suisse après sept mois au Guatemala.

Ce jour-là, mon père s’était libéré pour venir me chercher à l’aéroport et m’éviter les transports publics après 22h de vol. A la sortie, il m’attendait avec les larmes aux yeux. Ça a été une grande émotion de le revoir : la longue distance, la fatigue après le voyage, le détachement d’un pays complexe et ses habitant-e-s, les retrouvailles.

La chose qui m’a le plus choquée sur le chemin de la maison a tout d’abord été l’ordre : les voitures nettoyées et entières, les routes sans trous, la signalisation qui marche, pas de klaxon utilisé de façon inappropriée, pas de dépassements à gauche et à droite à toute vitesse. Le ciel clair et sans pollution. Tout coulait doucement et tranquillement, après sept mois dans le chaos et l’agitation d’une ville de 8 millions d’habitant-e-s. Je me sentais perdue en Suisse, dans mon monde privilégié.

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Ouverture du procès contre les défenseurs du territoire du nord de Huehuetenango

Francisco Juan Pedro, Adalberto Villatoro, Arturo Juan Pablo et Ermitaño López de Barillas, ainsi que Domingo Baltazar et Rigoberto Juárez de Santa Eulalia, ont été arrêtés entre février et mars 2015 en raison de leurs activités de défense du territoire et des ressources naturelles dans le nord du département de Huehuetenango. Les six défenseurs des droits de l’Homme accompagnés par Acoguate sont en prison préventive depuis plus d’une année. Le  débat oral public débute le 6 juillet.

Les stratégies de criminalisation

Les stratégies de criminalisation utilisées par les institutions étatiques et qui visent à déstructurer les mouvements de résistance profitent des déséquilibres de pouvoir entre les acteurs communautaires et les entreprises et impliquent une utilisation abusive du droit pénal.

Dans le cas des leaders communautaires de Barillas et Santa Eulalia, il est évident que leur arrestation et leur détention est en lien avec leurs activités de défense du territoire. Les accusations faites par les autorités restent vagues et incohérentes.

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Bonnes nouvelles de Las Pavas

Plan de retour et planification de construction d’infrastructures

Les 120 familles paysannes de Las Pavas, réunies au sein de la communauté agricole ASOCAB (Asociación de Campesinos de Buenos Aires), ont été expulsées une première fois de leurs terres en 2003. Durant les années qui ont suivi, elles ont à trois reprises tenté de revenir sur leurs terres, devant toutefois à chaque fois fuir à nouveau pour des raisons de sécurité. La quatrième et dernière expulsion a eu lieu en 2009 par les forces de sécurité de la société d’huile de palme Aportes San Isidro.

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Leader arreté, maisons fouillées, émission de mandats d’arrêts

Les incidents se sont rapidement succédé dans les communautés d’El Guayabo et Bella Unión. Le matin du 24 avril 2016, les forces de l’ordre ont fouillé plusieurs maisons et une personne a été arrêtée. Les maisons appartenaient à quatre leaders communautaires. Un seul d’entre eux, Álvaro García, se trouvait chez lui à ce moment: il a été arrêté et emmené le jour-même à Barrancabermeja. Il est accusé de détention illégale et de fabrication d’armes ainsi que d’appartenance à un réseau de criminalité organisé. Ces accusations font suite à des incidents survenus en octobre et décembre 2014 lors de l’évacuation d’une finca marquée par une forte présence policière (voir les infos sur cet événement ici ici (en anglais). A ce moment, nous ne savions pas encore ce qu’il en était des accusations à l’encontre des trois autres leaders. Continue reading

Un deuxième membre du COPINH assassiné

Après l’assassinat d’un second membre du COPINH en deux semaines, la banque de développement des Pays-Bas FMO et le Finnfund suspendent leurs investissements dans le projet de barrage d’Agua Zarca.

Onze jours après Berta Cáceres, un second membre de l’organisation autochtone COPINH a été assassiné. Nelson García, résident de la communauté de Río Chiquito dans le Département de Cortés, a été assassiné par des personnes inconnues alors qu’il revenait dans sa famille après avoir aidé à déménager les affaires des familles expulsées de la communauté de Rio Chiquito.

La pression des activistes et organisations de la société civile honduriennes et internationales se poursuit. Une commission internationale arrive aujourd’hui au Honduras et des manifestations sont prévues sur le plan national.

Deux investisseurs ont déjà annoncé la suspension de leurs investissements: une première victoire pour le COPINH qui se bat depuis des années pour protéger le territoire lenca.(http://business-humanrights.org/en/honduras-second-member-of-indigenous-group-murdered-within-2-weeks-dutch-development-bank-suspends-activity)

Extraits du communiqué du COPINH sur l’assassinat de Nelson García, 15 mars 2016:

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Un jour dans la peau d’une observatrice internationale des droits de l’Homme

C’était le 23 août dernier. J’arrivais en Colombie et m’apprêtais à endosser le rôle d’observatrice pour l’ONG Peace Watch Switzerland (PWS) et son partenaire colombien Pensamiento y Accion social (PAS). Mon rôle consisterait donc à accompagner des communautés de petits paysans luttant pour garder leurs terres face à de grands propriétaires terriens, ou dans un des cas, une entreprise d’huile de palme. En d’autres termes, mon collègue et moi-même allions nous rendre sur le terrain afin d’observer la situation des communautés au quotidien, les attaques et menaces dont elles sont victimes, leur manière pacifique d’y résister, mais également les difficultés et conséquences que cette lutte impliquent. Pour en savoir plus sur le contexte de cette communauté, voir l’article suivant: las-pavas. Plus concrètement, après un peu plus d’un mois passé sur le terrain, voilà à quoi peut ressembler une de nos journées.

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La violence édulcorée

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La Colombie, à nos oreilles européennes, résonne comme un mélange d’ombres furtives en camouflage se faufilant entre les arbres d’une jungle dense et menaçante, l’arme à la main et le regard cruel, de bombardements dans la gigantesque et grise capitale, de paquets de poudre blanche pourfendant toutes les frontières, toutes les limites de ce qu’on serait prêt à faire pour elle. La Colombie et la violence sont indissociables, elles sont presque synonymes. Dans l’imagination d’une personne qui n’a jamais vécu que la paix, un pays en guerre est une explosion sanglante, des rafales de mitraillettes, des pas précipités sur le gravier, des cris terrifiés, une peur et une insécurité constantes. La violence est totale, omniprésente et inévitable, ou elle n’est pas. Cette conception manichéenne de la guerre est bien éloignée de la réalité.

La Colombie offre une image tout à fait différente à l’ingénu fraîchement débarqué sur ses terres. Le développement urbain impressionnant, les tours immenses qui surplombent les villes de lumières, la musique entraînante qui accompagne les mouvements de hanches décontractés des gens marchant dans la rue, le sourire bienveillant du jeune homme qui vend des jus de fruits, les paysages splendides et variés, illuminés par un soleil fidèle, la bonne humeur générale, tout tend à prouver que les soucis guerriers ne plissent plus les fronts de ses habitants. L’enfant terrible serait-elle domptée ?

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« PUEBLO! PUEBLO! » – Cri d’un espoir commun encore vivant.

Vendredi 3 septembre 2015, les travailleurs de l’entreprise Aportes San Isidro ont brûlé la maison et tous les biens d’Eliodoro Mercado et de sa famille, habitants de la communauté de Las Pavas. Comment les communautés de paix réussissent-elles à maintenir leur stratégie de résistance non-violente face à ce harcèlement, s’interroge Tatiana, qui a accompagné la communauté en 2015.

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Travailleurs de Las Pavas se rendant sur leurs parcelles ©TRodriguez2015

Imaginez : vous êtes paysan et votre terre, c’est votre vie. Vous partez travailler votre parcelle que vous partagez avec la communauté dans laquelle vous vivez. À votre arrivée, le chef de sécurité privée de l’entreprise d’huile de palme qui tente de s’accaparer vos terres est déjà sur place avec des travailleurs des communautés voisines. Ils vous narguent avec un ton provocateur et agressif.

Soudain, la police arrive et déclare qu’elle vient protéger le photographe de l’entreprise qui vous menace pour lui permettre de vous prendre en photo sans confrontation. Vous tentez d’expliquer le problème et, qu’au fond, c’est vous la victime !

Une dispute s’ensuit où chaque partie maintient sa position. Lorsque vous vous rendez compte que la confrontation pourrait devenir violente, vous décidez de rappeler à chacune des personnes de votre communauté présentes quelle est votre stratégie. Chacun se tranquillise et la discussion se poursuit. La police vous aide à trouver une solution…

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Criminalisation des défenseurs dans le Nord de Huehuetenango

Au Guatemala, les leaders communautaires autochtones qui s’engagent pour le respect des droits de leur communauté prennent le risque d’être criminalisés. Ceci signifie que des plaintes pénales sont déposées contre eux, souvent sur la base de preuves fallacieuses. Certains se retrouvent en détention préventive pendant des mois.

ACOGUATE, notre partenaire auprès duquel trois Suisses-ses effectuent en ce moment des missions d’accompagnement international, accompagne certains d’entre eux dans le département de Huehuetenango, au nord du Guatemala. Un article fouillé vient de paraître qui décrit cette stratégie de criminalisation à l’image des cas de plusieurs défenseurs des droits de l’homme.

“Depuis le début de cette année, huit défenseurs des droits humains et de l’environnement du nord de Huehuetenango accompagnés par ACOGUATE se trouvent en détention préventive. Dans la cas du procès contre Saúl Méndez et Rogelio Velázquez, de Barillas, les débats publics oraux ont repris le 1er septembre 2015 dans le département voisin de Quetzaltenango. Les procès intentés contre Francisco Juan Pedro (Chico Palas), Adalberto Villatoro (Don Tello), Arturo Pablo Juan, et Ermitaño López (Don Taño), de Barillas, et Domingo Baltazar et Rigoberto Juárez, de Santa Eulalia, se trouvent dans la phase intermédiaire et les débats publics et oraux sont attendus dans les prochains mois. Dans aucun des cas, les juges n’ont octroyé la liberté conditionnelle aux accusés.”

Lire la suite de l’article (en espagnol): http://acoguate.org/2015/09/07/criminalizacion-de-defensores-en-el-norte-de-huehuetenango/